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Le sens caché des comptines pour enfants
Les chansons de notre enfance, comme les comptines qui accompagnent un jeu ou les ballades qui racontent une histoire, nous semblent bien innocentes. Pourtant, comme Bettelheim l’avait fait pour les contes de fées, nous savons depuis l’ouvrage de Claude Buneton Histoire de la chanson française qu’elles recèlent une face cachée… parfois osée ! Petit florilège des chansons que vous ne fredonnerez plus de la même manière à vos chérubins. Attention dépucelage auditif ! Extraits.
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Au clair de la lune
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte,
Je n’ai plus de feu ;
Ouvre-moi ta porte,
Pour l’amour de Dieu…
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plumePour écrire un mot.
Ma chandelle est morte,
Je n’ai plus de feu ;
Ouvre-moi ta porte,Pour l’amour de Dieu…
Douce berceuse par excellence, « Au clair de la lune » est loin d’être une chanson pour enfant ! D’abord parce que deux hommes parlent de soucis masculins : « ma chandelle est morte », mais aussi parce qu’elle met en scène un « lubin », c’est-à-dire un moine défroqué et lubrique que Molière et Clément Marot aimaient déjà moquer. Ce coquin va battre « le briquet », c’est-à-dire faire des galipettes. Lettrée, anticléricale et libertine, cette comptine est tout sauf innocente…
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A la pêche aux moules
À la pêche des moules,
Je n’ veux plus aller, maman,
À la pêche des moules,
Je n’ veux plus aller.
Les garçons de Marennes
Me prendraient mon panier, maman,
Les garçons de Marennes
Me prendraient mon panier…
Cette chanson du XVIIe siècle a connu plusieurs versions. En voici l’originale qui ne laisse aucun doute sur son message qui est une mise-en-garde contre les agissements inappropriés de garçons trop empressés.
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4/11
Nous n’irons plus au bois
Nous n’irons plus au bois,
Les lauriers sont coupés.
La belle que voilà,
La laiss’rons nous danser ?
Refrain
Entrez dans la danse,
Voyez comme on danse,
Sautez, dansez,
Embrassez qui vous voudrez…
Ecrite par Madame de Pompadour, cette comptine, loin de vanter les bienfaits d’une vie à l’air pur, déplore la fermeture des maisons closes grandement appréciées par Louis XIV. Les lauriers ornaient les portes de ces établissements pour adultes. Comble de la provocation, la mélodie est celle d’une messe grégorienne. Sages, nos ancêtres ?
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5/11
Il court, il court, le furet
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois, Mesdames,
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois joli.
Il est passé par ici, (bis)
Il repassera par là. (bis)…
Cette chanson composée sous Louis XV serait une contrepèterie très osée. Anticléricale, elle critiquerait les mœurs légères du curé Dubois, alors régent, qui n’était pas tout-à-fait chaste. Colette Renard s’en était amusée en 1969 dans une version très explicite.
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6/11
Gentil coquelicot, mesdames
J’ai descendu dans mon jardin (bis)
Pour y cueillir du romarin.
Gentil coq’licot, Mesdames.
Gentil coq’licot nouveau.
Pour y cueillir du romarin (bis)
J’n’en avais pas cueilli trois brins :
Gentil coq’licot…
Sous des allures de chanson pastorale naïve, cette douce mélodie est une véritable fable moralisatrice contre les désirs intrusifs masculins en faveur des jeunes filles. Le rossignol, symbole de l’amour par excellence, les met en garde contre les mauvais garçons qui voudraient les dépouiller de leur pureté virginale.
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7/11
A la Claire fontaine
À la claire fontaine
M’en allant promener
J’ai trouvé l’eau si belle
Que je m’y suis baigné
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai
Sous les feuilles d’un chêne
Je me suis fait sécher
Sur la plus haute branche
Un rossignol chantait…
Cette chanson traditionnelle du XVIIIe siècle, bien que magnifique, n’est en rien une chanson bucolique. Il s’agit, au contraire, d’une farce sur les malheurs d’un jeune homme qui a eu tort de refuser à sa belle un cunnilingus. Pardon, un bouton de rose. Le pauvre s’est fait séché, enfin, quitté.
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8/11
Il était une bergère
Il était une bergère
Et ron et ron petit patapon
Il était une bergère
Qui gardait ses moutons
Ron ron
Qui gardait ses moutons
Elle fit un fromage,
Et ron et ron petit patapon
Elle fit un fromage
Du lait de ses moutons
Ron, ron, du lait de ses moutons
Le chat qui la regarde,
Et ron et ron petit patapon…
Chanson populaire du XVIIe siècle, cette ballade parle du grand tabou des siècles passés : la virginité des demoiselles. En ancien français, « faire un fromage » signifiait avoir fauté avant le mariage. Très libérale sur les mœurs, elle est aussi anticléricale puisqu’elle dénonce un curé qui profite de la situation et parle à demi-mot de l’avortement.
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9/11
C’est la mère Michel
C’est la mère Michel qui a perdu son chat
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra
C’est le Père, l’eusses-tu cru
Qui lui a répondu
Allez la mère Michel vot’ chat n’est pas perdu
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra déridéra et tra la la…
Popularisée dans les années 1820, cette comptine, à l’origine militaire, est doublement ambiguë : chantage par rapport au chat mais aussi par rapport à la virginité de la mère Michel. Une mère, en argot, signifiait une femme d’un certain âge. Ici, on se moque d’une femme âgée mais vierge et qui se comporte comme une jeune fille.
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10/11
Bergère, il pleut, il pleut
Il pleut, il pleut bergère / Presse tes blancs moutons,
Allons sous ma chaumière / Bergère, vite, allons.
J’entends sous le feuillage / L’eau qui tombe à grand bruit,
Voici, voici l’orage / Voici l’éclair qui luit.
Entends-tu le tonnerre ? / Il roule en approchant,
Prends un abri bergère / A ma droite en marchant.
Je vois notre cabane, / Et tiens, voici venir
Ma mère et ma soeur Anne / Qui vont l’étable ouvrir…
Cette chanson, composée par Philippe Fabre d’Eglantine en 1870 est extrêmement tendancieuse. Extraite de son opéra-comique « Laure et Pétrarque », elle reprend les thèmes classiques des pièces d’amour avec la bergère et s’amuse à distiller des preuves de désir : « ce flambeau de mélèze brûlera devant toi » avant que tout se finisse bien : le berger demandera la bergère en mariage.
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11/11
Ah ! Vous dirais-je maman !
Ah ! vous dirai-je, maman,
Ce qui cause mon tourment ?
Depuis que j’ai vu Clitandre,
Me regarder d’un air tendre ;
Mon cœur dit à chaque instant :
« Peut-on vivre sans amant ? »
L’autre jour, dans un bosquet,
De fleurs il fit un bouquet ;
Il en para ma houlette
Me disant : « Belle brunette,
Flore est moins belle que toi ;
L’amour moins tendre que moi…
Chanson enfantine datant de 1740, sa mélodie a été réinterprétée par Mozart qui n’était pas le dernier des coquins. Ce n’est sans doute pas un hasard lorsqu’on lit les paroles de cette chanson qui parle des premiers émois d’un jeune cœur et des difficultés à résister aux tentations de l’autre sexe…