se pose la question de l’éducation. Mais pas facile de s’accorder
sur le sujet, et de l’appliquer en pratique, surtout quand on
a des religions différentes. Catherine Pierrat, psychologue,
livre ses conseils.
C’est un fait, le nombre des mariages mixtes ne fait
qu’augmenter depuis les années 1950. Cette évolution suit les flux
migratoires et la mondialisation. Une fois résolues les éventuelles
difficultés d’adaptation, les « négociations » et compromis pour la
vie quotidienne du couple, l’arrivée d’un enfant entraîne de
nouvelles discussions pour déterminer dans quelle religion ou
tradition il/elle va être élevé(e). Un point crucial quand on sait
qu’il est essentiel d’appliquer une éducation décidée
conjointement. Mais avant d’approfondir le sujet, Catherine
Pierrat, psychologue, tient à rappeler quelques bases.
Sommaire
ToggleLe couple, la religion et l’enfant
Dans un premier temps, il faut différencier le degré de
religiosité et de pratique de chacun. Et il est important de
préciser que, par exemple, dans les religions monothéistes, il
n’est pas toujours question de choix.
Si l’on peut devenir chrétien par le baptême, on est en revanche
juif de naissance, à condition que la mère soit juive. Et musulman,
si l’on naît de père musulman. Par contre, si la mère est musulmane
et le père juif, « techniquement », on n’est rattaché à aucune
religion.
les ados
importantes ?
Certains peuvent vivre leur religion de manière très « orthodoxe »
en appliquant à la lettre toutes les pratiques, d’autres la vivent
de manière plus libérale en respectant uniquement les grands
principes et en célébrant les principales fêtes, ce que l’on peut
définir plutôt comme une religion « culturelle ».
Chaque religion a ses rites (de passage) parmi lesquels on peut
citer : le baptême, la brit mila, la communion, la bar
mitzva, la circoncision…. qui déterminent officiellement l’entrée
de l’enfant dans une certaine religion. Et il y a aussi les rites
réguliers comme l’office du dimanche, le repas de shabbat, le
ramadan…
Sans oublier les principes moraux, codes, règles alimentaires,
prières, fêtes… « Mais que l’on soit pratiquant ou pas, la
question religieuse pèse son poids, et demande à être clarifiée au
sein du couple, en amont. En effet, la religion n’est pas seulement
une expérience personnelle et intime, elle relie l’individu à un
groupe et fonde son identité », insiste la psychologue.
Préparer la question de l’éducation
pour les couples mixtes
Vous êtes un couple mixte et vous envisagez de fonder une
famille ? S’il y a eu un mariage religieux, cette discussion a
forcément déjà eu lieu pendant la période de fiançailles (en
pratique souvent pendant la préparation au mariage) pour déterminer
selon quel(s) rite(s) le mariage est célébré. Et la question des
enfants est aussi abordée.
Si vous n’êtes pas mariés ou que vous n’envisagez pas de vous
unir officiellement avant l’arrivée du bébé, il est souhaitable que
ce sujet ait été discuté bien en amont du projet de grossesse, si
on veut partir sur de bonnes bases dans le couple.
Concrètement, le mieux est de déterminer rapidement, avant la
naissance, dans quelle(s) religion(s) l’enfant va être élevé, car
il y a des étapes à prévoir.
A en croire Catherine Pierrat, « il est à noter que la question
de l’éducation est souvent source de conflits dans le couple. Et
même entre deux parents de même origine culturelle et/ou
religieuse, il est important de travailler la notion de « cohérence
éducative parentale » afin d’apporter la stabilité et la sécurité
affectives aux enfants ».
L’incontournable discussion avant
l’arrivée de bébé
En pratique, avant la naissance de bébé, discutez en couple de
ce que vous attendez de la vie de famille : quelles attentes vis à
vis de l’éducation des enfants, comment vous imaginez votre rôle de
parent ? Cette discussion est cruciale dans tous les
couples, mais en particulier dans les couples mixtes.
Il faudra aborder les bonnes questions en tête à tête de façon
posée.
Selon l’éducation, la religion de chaque futur parent. On peut
se demander si :
- L’enfant sera baptisé, circoncis (Brit-Mila) ? Ou aura-t-il une
autre initiation religieuse ? - L’enfant aura-t-il une éducation religieuse (type catéchisme)
et/ou ira-t-il dans une école religieuse ? - Quelle éducation religieuse sera appliquée à la maison et quel
niveau de pratique ? - A quel moment et comment expliquerez-vous le choix fait pour la
religion de l’enfant ?….
Quelles que soient vos positions respectives, accepter et
comprendre les croyances de l’autre est indispensable pour réussir
à faire « cohabiter » deux religions.
De manière générale, il faut savoir faire preuve de tolérance,
d’imagination et de créativité dans le quotidien et essayer
d’anticiper comment cela se passera en pratique avec bébé : de
l’aménagement de l’habitation, aux repas, aux fêtes, aux rites
funéraires…
Sachez aussi qu’au-delà des éventuels clivages, un enfant a
besoin d’une identité forte et de pouvoir s’inscrire dans une
lignée déterminée.
Par exemple, lorsque les parents parlent des langues
différentes, on ne dit pas que l’enfant choisira sa langue
maternelle plus tard. On sait, de fait, même si l’enfant est
« bilingue » qu’une langue prend le dessus sur l’autre. Ce choix
inconscient vers une des deux lignées, avec sa langue, sa religion,
ses traditions, lui permet ensuite d’intégrer sa deuxième culture
sans conflit.
Et même en si vous avez des religions différentes et des désaccords
sur certains points éducatifs, l’essentiel étant d’en parler. En
effet, « si le choix de la religion de l’enfant n’a pas été
discuté et accepté par les deux membres du couple, on ne peut alors
aboutir qu’à des conflits », insiste Catherine Pierrat.
Mais bonne nouvelle, des solutions existent en pratique pour
trouver un terrain d’entente.
Éducation et couple mixte : les
scénarios possibles
En dehors du fait de décider d’élever son enfant dans une des
religions du couple, plusieurs scénarios sont possibles :
Certains parents optent pour la « modalité mixte » et font en
sorte d’élever leur enfant dans la double culture, en prenant en
compte les éléments familiaux, culturels, historiques et religieux,
même si cela n’implique pas une “ affiliation officielle “ à une
religion. Le choix revient alors à l’enfant lorsqu’il est en âge de
décider. Cette position peut lui être inconfortable car il/elle
peut mal vivre le fait de choisir entre la religion de sa mère et
la religion de son père, et cela peut être vécu dans un conflit de
loyauté.
D’autres encore n’imposent aucune religion à leur bambin et lui
permettent de dépasser sa mixité pour s’en trouver une nouvelle,
avec souvent une ouverture à l’international, incluant parfois une
nouvelle langue, voire une nouvelle religion.
Enfin, au-delà de la religion, on sait que l’un des parents peut
transmettre plus ou moins de manière inconsciente certaines
informations et valeurs, auxquelles il/elle est attaché(e). Et dans
le cas d’un couple mixte, l’un des parents peut utiliser plusieurs
stratégies en transmettant sa culture d’origine sous le modèle d’un
seul aspect du patrimoine identitaire (comme la langue ou la
religion) ; c’est ce que l’on nomme « le projet identitaire ».
Et si on est pas d’accord sur
l’éducation : que faire ?
D’après Catherine Pierrat, « les parents doivent être
d’accord sur les grands principes d’éducation et les faire
respecter de manière cohérente auprès des enfants ».
Autre nécessité : s’assurer que vous partagez certaines valeurs
« universelles », et que vous voulez les transmettre.
C’est sur ces valeurs communes que le couple doit s’appuyer pour
résoudre ses problèmes au lieu de se réfugier chacun dans sa
culture individuelle, dans ses différences.
Vous avez encore des points de désaccord ? La solution est la
discussion (mais pas devant l’enfant), et un compromis acté
sincèrement qui sera appliqué de manière cohérente.
Si vous rencontrez de réelles difficultés, n’hésitez pas à faire
appel à un « arbitre » extérieur.
On peut se faire aider :
- Par un officiant religieux (prêtre, moine, rabbin, imam….)
qui est habitué à être confronté à ce type de situation ; - Par un psychologue qui aidera le couple à communiquer et
trouver des solutions acceptables par tous.
Et quand la belle-famille fait pression
?
Un scénario pas si anodin. Quand la belle-famille, quelle que
soit sa religion, veut intervenir sur les questions d’éducation,
cela complique encore davantage la communication au sein du couple
et entraîne des disputes.
Le conseil de psy : « Il est préférable de
laisser les belles-familles en dehors de ces résolutions de
problèmes, car classiquement chacun va « défendre » sa culture et sa
propre identité. Faire intervenir la belle-famille risque
d’alourdir, compliquer et envenimer le débat et laisser des traces
au sein de l’entente familiale. Le couple mixte constitue
à lui seul une « nouvelle entité culturelle et religieuse » qui est
le fruit de nombreux échanges, du travail sur soi de chacun pour
accepter les différences… il est donc préférable de régler le
désaccord au sein de cette unité avec éventuellement une aide
extérieure, mais neutre ».
Mon bébé grandit : comment expliquer
nos choix éducatifs de couple mixte
Il faudra bien entendu lui expliquer les choix religieux et en
matière d’éducation spécifique que vous avez pris, dès lors que
votre bambin sera en âge de parler, comprendre et raisonner. Au fur
et à mesure qu’il/elle grandira, des questions surgiront auxquelles
il faudra se préparer à répondre.
Sachez qu’il est possible, surtout à l’adolescence, que vos choix en matière
d’éducation et de religion soient remis en question, voire
critiqués, par l’adulte en devenir qui prendra lui aussi ses
propres décisions, et aménagera son identité à partir de tous les
éléments qu’il aura reçus de son modèle parental, familial, amical,
scolaire…
Couple mixte et éducation de bébé : les 3 erreurs à
éviter
- Imposer sans discuter sa religion ;
- Critiquer la religion de l’autre conjoint ;
- Dénigrer la religion de l’autre conjoint à travers des attaques
envers les membres de la belle- famille ;
Enfin, gardez en tête qu’on ne construit pas une relation sur la
négation de l’un ou de l’autre. Il faut trouver le bon équilibre
entre faire des concessions et ne pas perdre son identité. Et c’est
un vrai défi !
Diapo : Le pacte des futurs parents : les sujets essentiels sur
lesquels il faut se mettre d’accord



