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par le signe signes bébé


Un peu d’histoire

L’observation de la capacité des bébés à signer a été faite pour la première fois aux Etats Unis…. Il y a plus d’un siècle ! En 1800, William Dwight Whitney, un linguiste professeur à l’université de Yale, s’est rendu compte en étudiant la communauté sourde américaine que les enfants dont la langue des signes était la langue maternelle développaient des capacités de communication bien plus tôt que les enfants entendants.

Il a fallu ensuite attendre 1986 et les travaux de Joseph Garcia, un interprète en langue des signes américaine, et son observation du développement de bébés entendants nés de parents sourds. La démarche de transmission de la langue des signes à des bébés entendants prend alors forme, avec la naissance de la méthode Sign2me © : il s’agit alors d’utiliser avec des tout petits le vocabulaire signé de la LSA, la Langue des Signes Américaine.

Viennent ensuite les travaux des professeurs Acredolo et Goodwyn en 1988 : Linda Acredolo, alors jeune maman, observe chez sa fille de 9 mois, Kate, le développement d’une forme de communication gestuelle. Elle va par exemple renifler sa main pour définir une fleur, se chatouiller les dessous de bras pour faire le singe, ou lever les bras pour signifier que quelque chose est grand. Elles décident alors d’introduire dans la vie quotidienne de la famille Acredolo des éléments de la langue des Signes Américaine : ce sont les débuts de la méthode Baby Signs ©, qui utilise des éléments de la LSA et les adapte à la motricité des tout-petits.

Dans les années 2000, Nathanaëlle Bouhier-Charles, une jeune maman française expatriée aux Etats-Unis, découvre cette méthode dans le cadre de sa pratique de l’hygiène naturelle infantile, et elle est complètement convaincue ! De retour en France en 2005, elle rencontre Monica Companys, maman sourde d’enfants entendants et éditrice, et elles fondent ensemble l’association « Signe Avec Moi » : elles adaptent les méthodes apprises par Nathanaëlle aux Etats Unis à la Langue des Signes Française, et militent depuis pour la diffusion et la popularisation de ce concept.

La Langue des Signes Bébé en pratique

A la suite des travaux de l’association « Signe Avec Moi », la Langue des Signes Bébé a rencontré un succès grandissant en France et d’une manière générale dans les pays francophones. De nombreux réseaux associatifs on repris le concept pour le transmettre à leur tour. Voici les principaux éléments de la Langue des Signes Bébé telle qu’elle existe aujourd’hui en France :

Le signe est un support au langage. Ce qui signifie qu’il faut systématiquement verbaliser les mots en même temps qu’on les signe : c’est par le bain de langage que l’enfant finira par apprendre à parler, de la même manière que ses petits copains qui ne signent pas.

Il faut toujours vocaliser et signer le mot dans le contexte. Il ne s’agit pas d’un enseignement au sens traditionnel du terme, mais plutôt d’une technique d’imprégnation : on a l’habitude de dire que les enfants sont des éponges, et bien ils absorbent aussi bien nos gestes que nos paroles, surtout quand leur environnement leur donne du sens.

Lorsque l’on signe avec son enfant, on ne fait pas de la langue des signes : on utilise un vocabulaire limité, choisi en fonction de ses besoins et de son environnement pour venir signer les mots clés d’une phrase. Il s’agit de lui faciliter la compréhension en venant surligner les éléments importants de notre discours.

Pour la Langue des Signes Bébé comme pour le reste, il est très important de respecter le développement de l’enfant : à vouloir donner trop, trop tôt, il risque d’être perdu, ce qui est l’exact opposé du résultat souhaité. Rien ne sert de courir, mieux vaut partir à point !

Une fois ces éléments assimilés, reste à acquérir le vocabulaire signé… et à le pratiquer ! D’abord avec les activités les plus simples du quotidien : le change, le biberon, le bain, puis au fur et à mesure que l’enfant progresse dans ses expériences et son exploration, on introduit les aliments, les animaux, etc. Chaque enfant a son propre rythme, et chaque parent le connaît mieux que quiconque. A chacun de trouver le sien, et de se faire plaisir ! La Langue des Signes Bébé est avant tout une activité familiale, à la fois ludique et enrichissante.

 

Les apports de la Langue des Signes bébé pour les enfants… et leurs parents !

Pour commencer à signer avec son bébé, il faut se mettre face à lui, et accrocher son regard, capter son attention. C’est déjà en soi le meilleur moyen de développer le lien d’attachement qui existe déjà entre vous : en vous mettant à son niveau, vous découvrez ensemble le monde d’un même point de vue.

Le bébé se sent rapidement considéré comme une personne à part entière, et non plus comme une simple extension de ses parents. Il développe progressivement confiance en ses parents et estime de soi. Pour les parents, surtout dans les premiers mois de vie de leur enfant, qui peuvent être assez déroutants et fatigants, c’est le sentiment d’être actifs, d’être moteurs dans la communication avec leur bébé.

Lorsque l’on signe avec son enfant, on lui facilite la compréhension du monde qui l’entoure. L’aider à nommer ses émotions, ses sentiments, aussi bien que les éléments de son quotidien, c’est lui permettre de les apprivoiser, lui pour qui tout est nouveau et parfois un peu effrayant. Lui chanter des comptines signées, c’est donner une dimension différente à des moments de vie privilégiés.

Un enfant qui signe bénéficie plus tôt d’une meilleure interaction avec les autres. Avoir accès à la communication plus facilement lui permet d’éviter un grand nombre d’incompréhensions et de malentendus. Il diminue ainsi sa frustration, et ses parents peuvent plus facilement accompagner celles qui demeurent. Il en résulte moins de pleurs et de colères, pour une vie familiale plus sereine et apaisée.

La Langue des Signes Bébé est avant tout une pratique familiale ludique et enrichissante, respectueuse du rythme et de la personnalité de son tout-petit, à un âge ou les sources de progrès et d’émerveillement sont quotidiens, tant pour les parents que pour les enfants.

Les remarques qu’on peut se (vous) faire

La langue des signes ? Pour quoi faire ? Mon enfant n’est pas sourd !

Justement ! Dans la mesure où il s’agit de verbaliser les mots en même temps qu’on les signe, la Langue des Signes bébé est avant tout destinée aux enfants entendants. Des enfants sourds auront tout intérêt à apprendre la Langue des Signes Française, qui possède sa propre grammaire et sa propre syntaxe. La langue des Signes Bébé ne fait que lui emprunter un vocabulaire ciblé et limité pour accompagner en douceur les enfants vers la parole.

De tout façon il est trop jeune pour avoir des choses à dire non ?

Certainement pas ! Dans les familles de sourds, dont la langue des signes est la langue maternelle, les bébés peuvent signer à partir de 5-6 mois, et le cerveau d’un petit sourd n’est pas différent de celui d’un petit entendant. L’apport récent des neurosciences a démontré que la capacité des tout-petits à conceptualiser leur propre environnement est bien plus précoce que ce que l’on a coutume de penser. A nous de dépoussiérer les idées reçues… et de l’expliquer à nos grand-mères.

Un peu de frustration n’a jamais nui à personne

J’ai coutume de dire que la frustration dans la vie, c’est comme le sel en cuisine : il en faut un peu pour donner du goût, mais s’il y en a trop c’est immangeable! Apprendre qu’il ne suffit pas de vouloir quelque chose et de savoir le demander pour l’obtenir est une étape d’apprentissage importante. Mais savoir ce que l’on veut et ne pas avoir une chance de l’obtenir par défaut de moyen d’expression ne nous apprend rien… surtout si ce moyen existe.

C’est bien beau tout ça, mais j’ai appris à parler sans la Langue des Signes Bébé et je m’en suis très bien sorti !

Heureusement ! La langue des Signes bébé n’a pas vocation à apprendre à parler aux enfants. Le processus d’acquisition du langage se fait par le bain de paroles, pas par le signe. Il s’agit plutôt d’accompagner en douceur l’enfant dans une période de frustrations intenses pour lui et pour ses parents. C’est d’ailleurs pour cela que le signe disparaît tout seul lorsque le mot s’installe.

C’est trop tôt pour apprendre une deuxième langue !

Je suis bien d’accord ! Mais la Langue des Signes Bébé n’est pas une langue en soi. Elle ne fait qu’emprunter un vocabulaire précis et limité à la Langue des Signes Française, la langue des sourds, qui dispose d’un vocabulaire et d’une syntaxe qui lui sont propres, mais que l’on n’utilise en aucun cas. La langue que l’enfant va apprendre à parler est et reste sa langue maternelle, quelle qu’elle soit.

Et ça ne risque pas de retarder l’apprentissage du langage ?

Il n’existe à ce jour aucune étude reconnue sur le plan scientifique qui permette de prouver que la pratique de la Langue des Signes Bébé, chez un enfant ne présentant aucune difficulté sur le plan psychomoteur, a une influence sur la date d’acquisition du langage. Ni dans un sens ni dans l’autre. Ceci dit, cette méthode est pratiquée depuis plus de 20 ans aux Etats Unis, sans qu’aucune sonnette d’alarme n’ait été tirée. Par ailleurs, par exemple chez des enfants présentant des troubles de la parole, ou des enfants autistes, la Langue des Signes Bébé est souvent utilisée par les professionnels de la santé comme « déclencheur d’oralité ». Et il suffit de discuter avec des parents ayant signé avec leur enfant pour constater que ceux-ci n’ont rencontré aucune difficulté à accéder au langage… mais qu’ils l’ont fait avec beaucoup moins de frustrations !

De toute façon de nos jours on stimule trop les enfants

La stimulation précoce, ou la surstimulation des très jeunes enfants, est effectivement un problème qui se pose, notamment avec l’usage dès le plus jeune âge des tablettes et smartphones. Je laisse à chaque famille le choix de ses propres pratiques, mais en ce qui concerne la Langue des Signes Bébé, j’insiste (parfois lourdement j’avoue) sur le fait qu’il est primordial de respecter le développement naturel de l’enfant… et son envie ! Le signe doit rester un support au langage, et ne pas devenir une fin en soi. Si on respecte ce principe, il ne s’agit en aucun cas de stimuler son enfant en lui apprenant des choses dont il n’a pas besoin, mais uniquement de lui donner un outil pour exprimer ses besoins. D’ailleurs si une activité lui déplaît il ne se privera pas de le signer !